Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 11:08



Paupières sensibles

-série de photographies  paupières sensibles format :110x90 
-oeuvre de vidéoart  paupières insensibles # 3xg3  13 mn

        Nos expériences sensibles sont diverses. Le sensoriel est l’espace d’appréhension du monde. Dans ces photographies en 110 par 90 cm d’une série de plus de 20 images, je photographie avant de voir, je photographie à l’instinct avant de savoir, je suis ailleurs avec mon monde et l’invisible  m’habite. C’est le geste qui parle, qui me pousse à entrer dans l’idée d’image. C’est le tactile qui m’aide à voir. Je ne me mets pas à penser mais à sentir mon aveuglement au sensitif. Du coup je découvre des perceptions autres. Cela me libère.

 

        Les images n’ont jamais eu la force de refuser d’être dirigées vers la représentation ou vers un ordre du tout dire que je réfute. Le tout taire et le tout dire  dilapident la vie. Je veux la transparence de l’air, la profondeur des mondes visibles que je perçois.  Mes images ont un lien de parenté avec l’urgence du geste pictural qui m’habite. Il n’y a dans ces images ni message ni discours. Je suis poète, les mots je les connais aussi c’est pourquoi je suis insensible à l’insensibilité où l’on nous a éduqués. A nous de ne pas contrôler nos perceptions visuelles dans la réception de cette série intitulée Paupières sensibles dont  une des trois œuvres vidéo accompagne ce déploiement spatial  minimal. Cette œuvre est  intitulée paupières insensibles #2xg3. Ce titre évoque la fragilité des paupières, de la vue et de la relation humaine où « les miroirs feraient bien de réfléchir davantage ».        

                                                                                 Steven Bernas

  
  
            La photographie cache plus qu’elle ne montre. Le masque objectif couvre l’œil du cyclope l’espace d’une ronde obtuse. Le monde en suspens bascule de l’autre côté du miroir le temps d’une prise. Impatience de la photographie, à l’image même de sa définition. Elle nous fait signe dans un champ de signification étendue et complexe. Son immédiateté et sa proximité lui confèrent une place particulière parmi les arts visuels. A la fois procédé technique, pratique sociale, medium, véhicule, art, matière, illusion, le même nom de photographie désigne les différentes postures. […] Chaque image proposée ici émane d’une série, d’un en cours caractéristique de la puissance de création et nous emmène derrière le miroir. Nous partageons une réalité subjective. Nous sommes de part et d’autres d’un rideau cachant un corps-image. Arpenteur de l’invisible, on nous entraîne au cours d’une geste photographique vers des images, jusqu’à elles puis à travers elles ? Et aussi entre elles. L’acte photographique propose ici un arrêt, un retour en soi, et pose une énigme. […] Nous découvrons un autre espace, entre image réelle et image mentale, au pivot de l’image et de la pensée.


Pierre Gaudin Paris 1998

EXPERIENCES SENSIBLES

 

      La photographie ne peut jamais être « abstraite » puisqu’elle est toujours l’image de quelque chose qui existe. Personne n’a jamais découvert un truc pour photographier ses idées. Ce « spirituel dans l’art » dont a parlé Kandinsky ne peut signifier rien d’autre qu’une exploration de formes imaginaires qui doivent posséder quelque part dans le monde leur matière visible. Dans le réel, il ne peut y avoir de matière sans forme ni de forme sans matière.

       La photographie a la vertu de nous rappeler qu’en peinture non plus il ne peut y avoir d’abstrait, mais seulement transmission d’une matière à une autre. En regardant autour de nous on pourra toujours y trouver quelque forme et couleur que ce soit. Lorsque nous feuilletons le livre de Ernst Haeckel, les Formes de l’Art dans la Nature, nous réalisons quel délire serait de vouloir rivaliser avec le Bon Dieu pour ce qui est d’inventer des formes. Notre imagination ne saurait jamais le rattraper.

Ce que nous qualifions d’abstrait c’est ce sur quoi nous ne pouvons mettre de mots. Nous avons une regrettable propension à croire que ce que nous ne pouvons nommer (dans notre langue) n’existe pas.

Or nous sommes plongés dans une immensité foisonnante de réalités visuelles qui nous débordent. Le pouvoir de l’artiste n’est pas d’en inventer de nouvelles mais de choisir un univers en les découvrant, les triant, les suscitant, par le choix des angles, des distances, des optiques, des manières de regarder. La photographie, en économisant l’intermédiaire manuel, ce qui n’est pas un bien, compense en décapant ce qu’est la vérité ultime de la création.

        A travers les formes et les couleurs surgies de l’infinie liberté du monde, l’artiste nous étonne en choisissant son propre monde. Sans en inventer de nouvelles, il peut faire surgir des formes inattendues en travaillant les reflets, les matières, toutes les façons d’apparaître de la lumière. A chaque fois que la nature réagit, elle lui apporte ce qu’il n’attendait pas, ce qu’il n’avait jamais vu mais ce qui était déjà là, en puissance, dans le réel.

 

         Dans les œuvres de Bernas, Lantéri et Umhauer, ce potentiel de la nature, cette puissance encore endormie est symbolisée par le fond noir, qui peut être celui du ciel ou celui du profond des eaux, ou celui des dessous de la terre, comme on voudra.

 

Dans l’espace noir de Steven Bernas, les formes surgissent comme des phénomènes électriques, sillonnant, se nouant ou s’étendant en nappes lumineuses. Formes rapides, formes violentes et soudaines, elles paraissent jaillir de leur propre intensité. Leur milieu est un ciel comme celui des orages.

 

L’univers de Bernard Lantéri est habité de formes qui montent du fond en s’épanouissant. Leur visage de corolles vient à la rencontre du nôtre. Le feu et les fleurs s’y transforment l’un dans l’autre. Leur surgissement s’arrête juste au point où ces masses se volatiliseraient en explosion de lumière. Ayant perdu toute pesanteur elles flottent comme des méduses dans les fonds indéfinis de la mer.

 

Chez Olivier Umhauer des êtres qui échappent à tout vocabulaire sont en cours de condensation. Ils tendent à se fermer, pour se former, sur eux-mêmes mais selon des volumes impossibles, tels ceux d’une bouteille de Moebius. Cette matière qui se tord sur elle-même pour se trouver est une sorte de cuir à la fois très souple et très solide. Au fond de la terre noire nous assistons à la germination des monstres.

 

                                                                           Jean-Claude Lemagny         10 février 2009

 

Par Steven Bernas
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Commentaires

Bonjour Steven

Il y a une petite méprise dans ce texte. J'ai téléphoné à Jean-Claude. Il confirme. Ce n'est pas une bouteille de Moebius mais de Klein. Tu peux donc comme il me l'a demandé échangé le premier patronyme pour le second. A bientôt,

Olivier
Commentaire n°1 posté par umhauer le 25/05/2009 à 23h19

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